28 janvier 2006
Bis repetita placent …
Saluons la généreuse donation de l'empereur du logiciel en faveur de la lutte contre la tuberculose. Au Forum mondial de Davos, Bill Gates vient en effet d’annoncer un don de 900 millions de dollars pour financer un ambitieux programme d'éradication de la maladie. Cette initiative coordonnée par l’OMS se déroulera sur dix ans et engloutira 56 milliards de dollars. A cette occasion, les gazettes nous ont fait savoir que la fondation Bill et Melinda (Mme Gates) a déjà distribué 6 milliards de dollars pour des actions sanitaires à destination des pays « pauvres ».
Je ne polémiquerai pas sur les motivations humanitaires de l’homme le « plus riche du monde » ni sur l’insolente capacité pour quelques individus d’engranger des fortunes atteignant le budget annuel de maints états. Je ferai simplement remarquer que la lutte contre la tuberculose (on pourrait tout aussi bien évoquer la lutte contre la misère et l’habitat insalubre) n’est pas une nouveauté.
J’ai encore le souvenir très vif du petit écolier que j’étais en 1946 faisant la douloureuse expérience du porte à porte pour fourguer à des sans cœur ses carnets de timbres antituberculeux !
Car, dans les années trente et quarante, cette maladie de la misère frappait encore très fort dans notre belle France.
Dans le livre XI de son Séminaire Jacques Lacan raconte une anecdote* qu’il situe à l’époque de ses vingt ans (vers 1920), en Bretagne. Jeune médecin, il participe à une sortie en mer dans la modeste barque d’un pêcheur. Il note à propos de son compagnon : « Il est, comme toute sa famille, disparu très tôt du fait de la tuberculose, qui était à ce moment là la maladie ambiante dans laquelle toute cette couche sociale se déplaçait ».
On peut se rappeler que, peu de temps auparavant,en 1918, le jeune Fernand Destouches parcourait la Bretagne pour le compte de la Fondation Rockfeller avec mission d’éradiquer cette maladie.
Le futur Céline avait été engagé comme conférencier. Le zèle sans faille qu’il témoigna dans la lutte impitoyable contre le bacille de Koch lui valut d’être remarqué par le docteur Follet, son futur beau-père. Cette heureuse rencontre offrit au jeune Destouches, jeune invalide de guerre, de passer son bachot et d’accéder ainsi aux études de médecine.
La suite est connue …
Si l’histoire se répète, la manne de l’Homme le plus riche du monde nous vaudra peut-être d’ici quelques années un nouveau météore artistique.
Au moins, nous aurons la satisfaction de savoir que nos contributions financières répétées d’utilisateurs de Windows auront servi, outre à la prophylaxie de la maladie, à enrichir le patrimoine culturel mondial !
* Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Seuil. P. 88.
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25 janvier 2006
Mais où on va comme ça ?!
C'est un dessin humoristique. Un technocrate pilote un train qui file très vite, genre TGV. Sur son flanc est marqué "Progrès". Le seul passager, pas rassuré, interpelle le pilote : "Mais où on va comme ça ?!" et le technocrate de lui répondre : " Du calme ! On ne va pas tarder à le savoir vu qu'on y va de plus en plus vite !" …
J'ai relevé dans le Figaro économie du 17 janvier* quelques chiffres qui m'ont irrésistiblement fait penser à ce "train de progrès".
Intitulé Energie, la consommation s'emballe en Asie, l'article cite des faits inquiétants.
Il est rappelé que les cinq milliards d'habitants qui vivent dans les pays dits émergents, consomment en moyenne deux barils de brut par an et par personne. Ce chiffre d'élève à 18 barils/an dans nos pays "avancés". Le calcul est vite fait.
Que la Chine et l'Inde doublent leur consommation, c'est à dire passent de deux à quatre barils (ce qui reste encore très loin de nos 18 barils) et la demande mondiale s'accroîtra de 85 millions de barils par jour soit 31 milliards de barils par an. Comment assurer alors que la production/consommation actuelle s'établit autour de 25 milliards de barils/an ?
Devant ces chiffres, on comprend à quel point la préservation des approvisionnements en pétrole pour la Chine et l'Inde est un enjeu stratégique de première grandeur.
L'énergie, ce n'est pas un scoop, deviendra à court terme une préoccupation obsessionnelle tant pour les gouvernants que pour les citoyens.
Le Japon montre la voie. Tributaire à 96% de l'étranger pour la couverture de ses besoins énergétiques, il a fait de la chasse au gaspillage énergétique une cause nationale. En quelques années le pays du soleil levant affiche des résultats probants. Pour produire 1 Euro de richesse, il utilise 30% d'énergie de moins que la France ou l'Allemagne, trois fois moins que les Etats-unis, et huit fois moins que la Chine.
Alors, Gaspi, notre gentille mascotte des économies d'énergie devra faire une bonne cure de vitamines pour nous remotiver à bloc.
* Article signé Sixtine Léon-Dufour.
J'ai relevé dans le Figaro économie du 17 janvier* quelques chiffres qui m'ont irrésistiblement fait penser à ce "train de progrès".
Intitulé Energie, la consommation s'emballe en Asie, l'article cite des faits inquiétants.
Il est rappelé que les cinq milliards d'habitants qui vivent dans les pays dits émergents, consomment en moyenne deux barils de brut par an et par personne. Ce chiffre d'élève à 18 barils/an dans nos pays "avancés". Le calcul est vite fait.
Que la Chine et l'Inde doublent leur consommation, c'est à dire passent de deux à quatre barils (ce qui reste encore très loin de nos 18 barils) et la demande mondiale s'accroîtra de 85 millions de barils par jour soit 31 milliards de barils par an. Comment assurer alors que la production/consommation actuelle s'établit autour de 25 milliards de barils/an ?
Devant ces chiffres, on comprend à quel point la préservation des approvisionnements en pétrole pour la Chine et l'Inde est un enjeu stratégique de première grandeur.
L'énergie, ce n'est pas un scoop, deviendra à court terme une préoccupation obsessionnelle tant pour les gouvernants que pour les citoyens.
Le Japon montre la voie. Tributaire à 96% de l'étranger pour la couverture de ses besoins énergétiques, il a fait de la chasse au gaspillage énergétique une cause nationale. En quelques années le pays du soleil levant affiche des résultats probants. Pour produire 1 Euro de richesse, il utilise 30% d'énergie de moins que la France ou l'Allemagne, trois fois moins que les Etats-unis, et huit fois moins que la Chine.
Alors, Gaspi, notre gentille mascotte des économies d'énergie devra faire une bonne cure de vitamines pour nous remotiver à bloc.
* Article signé Sixtine Léon-Dufour.
22 janvier 2006
Vous avez aimé Outreau I, vous adorerez Outreau II !
Avec les auditions des acquittés d'Outreau, la Chaîne Parlementaire LCP fait un tabac. Confidentielle, marginale par rapport aux ténors du PAF, elle tient avec la commission d'enquête parlementaire sur " L'Affaire dite d'Outreau (et la) recherche des causes des dysfonctionnements de la justice et formulation de propositions pour éviter leur renouvellement" un formidable booster d'audimat.
La première diffusion de l'audition des treize acquittés a suscité une telle émotion, une telle prise de conscience de la faillite (ponctuelle espérons-le !) du système judiciaire, que son retentissement a été immédiat, tant dans les medias que dans l'opinion.
Ceux qui ont pu suivre les auditions en direct n'en sont pas sortis indemnes. Pour ma part, je suis resté de longues heures devant ma télé, subjugué à la fois par l'évidence du gâchis judiciaire, la détresse des victimes, l'inhumanité du système judiciaire.
L'acharnement du magistrat instructeur de ne retenir que les éléments à charge, mis en lumière par des témoignages croisés, les conditions des gardes à vue et des incarcérations… bref, tous les ingrédients d'une tragédie des temps modernes.
Ces premières impressions, j'ai essayé de la transcrire dans mon blog précédent sur Outreau.
Depuis, j'ai assisté à la retransmission en différé (jusqu'à deux heures du matin) de l'audition des avocats. Avec ces professionnels du droit on est allé au cœur du fonctionnement du système judiciaire. C'était, une fois de plus, accablant pour l'institution.
La vertu de ces grands moments de télévision c'est de confronter les citoyens de base avec une réalité qu'il connaissent mal : le fonctionnement intime et quotidien de la Justice. On se rend vite compte que ses grands principes sont constamment foulés au pieds.
La fameuse présomption d'innocence n'a de consistance que dans les beaux discours proférés à l'occasion des rentrées solennelles des cours d'appel ou de la cour de cassation. Dans les faits, dès la mise en examen, tout concours à charger la barque. La plupart des gardes à vue consistent à accumuler des charge et à recueillir l'aveu, récompense ultime des enquêteurs, la "reine des preuves" comme l'ont rabâché des générations de magistrats.
On sort de ces débats argumentés, techniques, sereins, avec la certitude que nous devons faire progresser la Justice de notre pays. Aucune institution n'est coulée dans la bronze. Il a quand même fallu de grandes crises et des hommes généreux pour que l'institution judiciaire évolue au fil des siècles dans le sens d'une plus grande humanité. Voltaire et l'affaire Calas, Zola et Dreyfus, Badinter et l'abolition de la peine de mort restent des modèles. Pourquoi devrait-on s'arrêter en route ? A ce titre, l'initiative de la Chaîne parlementaire et de la Commission devrait donner l'impulsion nécessaire à une salutaire évolution des dispositions législatives, sinon des mentalités …
Pourquoi ce titre limite : " Vous avez aimé Outreau I … " ?
Alléchés par ces prémisses, les téléspectateurs de LCP attendent avec une intense curiosité l'audition (la comparution ?) du magistrat instructeur devant la commission. Décidément, ces austères séances sont aussi palpitantes que des épisodes de Dallas !
* J P M*
PS Il y a déjà une référence au procès d'Outreau sur Wikipédia et de nombreuses entrées sur le site de CNN. Outreau a déjà dépassé l'Hexagone !
La première diffusion de l'audition des treize acquittés a suscité une telle émotion, une telle prise de conscience de la faillite (ponctuelle espérons-le !) du système judiciaire, que son retentissement a été immédiat, tant dans les medias que dans l'opinion.
Ceux qui ont pu suivre les auditions en direct n'en sont pas sortis indemnes. Pour ma part, je suis resté de longues heures devant ma télé, subjugué à la fois par l'évidence du gâchis judiciaire, la détresse des victimes, l'inhumanité du système judiciaire.
L'acharnement du magistrat instructeur de ne retenir que les éléments à charge, mis en lumière par des témoignages croisés, les conditions des gardes à vue et des incarcérations… bref, tous les ingrédients d'une tragédie des temps modernes.
Ces premières impressions, j'ai essayé de la transcrire dans mon blog précédent sur Outreau.
Depuis, j'ai assisté à la retransmission en différé (jusqu'à deux heures du matin) de l'audition des avocats. Avec ces professionnels du droit on est allé au cœur du fonctionnement du système judiciaire. C'était, une fois de plus, accablant pour l'institution.
La vertu de ces grands moments de télévision c'est de confronter les citoyens de base avec une réalité qu'il connaissent mal : le fonctionnement intime et quotidien de la Justice. On se rend vite compte que ses grands principes sont constamment foulés au pieds.
La fameuse présomption d'innocence n'a de consistance que dans les beaux discours proférés à l'occasion des rentrées solennelles des cours d'appel ou de la cour de cassation. Dans les faits, dès la mise en examen, tout concours à charger la barque. La plupart des gardes à vue consistent à accumuler des charge et à recueillir l'aveu, récompense ultime des enquêteurs, la "reine des preuves" comme l'ont rabâché des générations de magistrats.
On sort de ces débats argumentés, techniques, sereins, avec la certitude que nous devons faire progresser la Justice de notre pays. Aucune institution n'est coulée dans la bronze. Il a quand même fallu de grandes crises et des hommes généreux pour que l'institution judiciaire évolue au fil des siècles dans le sens d'une plus grande humanité. Voltaire et l'affaire Calas, Zola et Dreyfus, Badinter et l'abolition de la peine de mort restent des modèles. Pourquoi devrait-on s'arrêter en route ? A ce titre, l'initiative de la Chaîne parlementaire et de la Commission devrait donner l'impulsion nécessaire à une salutaire évolution des dispositions législatives, sinon des mentalités …
Pourquoi ce titre limite : " Vous avez aimé Outreau I … " ?
Alléchés par ces prémisses, les téléspectateurs de LCP attendent avec une intense curiosité l'audition (la comparution ?) du magistrat instructeur devant la commission. Décidément, ces austères séances sont aussi palpitantes que des épisodes de Dallas !
* J P M*
PS Il y a déjà une référence au procès d'Outreau sur Wikipédia et de nombreuses entrées sur le site de CNN. Outreau a déjà dépassé l'Hexagone !
18 janvier 2006
Auditions des acquittés d'Outreau : ACCABLANT !
Aujourd'hui, 18 janvier, les heureux téléspectateurs de la Chaîne parlementaire (LCP), scotchés devant leur poste, en ont pris plein la gueule toute la journée !
Ils ont assisté en direct aux auditions des acquittés du sinistre procès d'Outreau. Ces hommes et ces femmes, toujours accablés par les épreuves subies, ont pu librement s'exprimer devant les membres de la commission parlementaire chargée d'éclairer les innombrables dysfonctions de l'appareil judiciaire.
En écoutant les dépositions j'ai eu le sentiment d'une bombe médiatique dévastatrice explosant la bonne conscience des citoyens irréprochables que nous sommes tous.
Pourtant, je ne fais pas parti des plus naïfs. Combien de témoignages ont déjà été fournis sur les comportements de certains fonctionnaires de police et sur l'inhumanité du système judiciaire et carcéral.
Mais voir de ses yeux comment quatorze innocents ont été broyées par une machine folle, voir qu'aucun régulateur n'a pu l'arrêter, pire, que tout allait dans le sens de l'emballement, montre qu'il y a quelque chose de pourri dans le royaume de notre Justice.
Car enfin, même si on peut imputer au juge d'instruction une rigidité pathologique dans le déploiement de son "intime conviction", pourquoi l'institution, avec ses mécanismes de contrôle, n'a-t-elle jamais été en mesure de déceler les évidentes incohérences du dossier ?
Cette audition restera probablement un modèle du genre.
Ce fut d'abord un grand moment de télévision. Car au-delà du sentiment de révolte qu'il a spontanément suscité, il a déclenché en retour notre profonde compassion, de celle qui nous atteint de plus en plus rarement devant la détresse télévisuelle d'autrui.
J'ai eu aussi le sentiment que ces auditions apaiseront les douleurs des victimes, leurs ressentiments et leurs légitimes haines ( bien que presque jamais ce sentiment ne soit passé dans leurs paroles). Savoir qu'ils ont été entendus par les représentants de leurs concitoyens est à coup sûr un grand réconfort.
Dans un décor clair, ouvert, sans agitation inopportune, le président de séance a laissé à chacun un temps de parole suffisant pour lui permettre tout à la fois de faire le récit détaillé de ses tribulations et d'évacuer l'émotion qu'il ressentait presque toujours à leur évocation.
La densité des témoignages et des situations rapportés ne peut pas se résumer en quelques lignes. Ce travail exemplaire d'investigation donnera lieu, c'est certain, à de multiples analyses et synthèses.
Formons le vœu qu'il contribue à réformer le "meilleur système judiciaire au monde" …
* J P M *
Ils ont assisté en direct aux auditions des acquittés du sinistre procès d'Outreau. Ces hommes et ces femmes, toujours accablés par les épreuves subies, ont pu librement s'exprimer devant les membres de la commission parlementaire chargée d'éclairer les innombrables dysfonctions de l'appareil judiciaire.
En écoutant les dépositions j'ai eu le sentiment d'une bombe médiatique dévastatrice explosant la bonne conscience des citoyens irréprochables que nous sommes tous.
Pourtant, je ne fais pas parti des plus naïfs. Combien de témoignages ont déjà été fournis sur les comportements de certains fonctionnaires de police et sur l'inhumanité du système judiciaire et carcéral.
Mais voir de ses yeux comment quatorze innocents ont été broyées par une machine folle, voir qu'aucun régulateur n'a pu l'arrêter, pire, que tout allait dans le sens de l'emballement, montre qu'il y a quelque chose de pourri dans le royaume de notre Justice.
Car enfin, même si on peut imputer au juge d'instruction une rigidité pathologique dans le déploiement de son "intime conviction", pourquoi l'institution, avec ses mécanismes de contrôle, n'a-t-elle jamais été en mesure de déceler les évidentes incohérences du dossier ?
Cette audition restera probablement un modèle du genre.
Ce fut d'abord un grand moment de télévision. Car au-delà du sentiment de révolte qu'il a spontanément suscité, il a déclenché en retour notre profonde compassion, de celle qui nous atteint de plus en plus rarement devant la détresse télévisuelle d'autrui.
J'ai eu aussi le sentiment que ces auditions apaiseront les douleurs des victimes, leurs ressentiments et leurs légitimes haines ( bien que presque jamais ce sentiment ne soit passé dans leurs paroles). Savoir qu'ils ont été entendus par les représentants de leurs concitoyens est à coup sûr un grand réconfort.
Dans un décor clair, ouvert, sans agitation inopportune, le président de séance a laissé à chacun un temps de parole suffisant pour lui permettre tout à la fois de faire le récit détaillé de ses tribulations et d'évacuer l'émotion qu'il ressentait presque toujours à leur évocation.
La densité des témoignages et des situations rapportés ne peut pas se résumer en quelques lignes. Ce travail exemplaire d'investigation donnera lieu, c'est certain, à de multiples analyses et synthèses.
Formons le vœu qu'il contribue à réformer le "meilleur système judiciaire au monde" …
* J P M *
17 janvier 2006
Grande première à Matignon : un chimpanzé décoré de la Légion d'Honneur !
Non, pas tout à fait ! Mais une éminente primatologue, le Dr Jane Goodall.
Cette britannique de soixante et onze ans a reçu des mains de Dominique de Villepin ( on ne sait par quelle tortueuse logique républicaine) les insignes d'officier de la Légion d'honneur. En entendant cette nouvelle au JT de vingt heures j'ai spontanément applaudi.
Là encore, n'est-ce pas un signe, même ténu, que les hautes sphères de l'Etat sentent le vent tourner. Plus précisément, les politiques prennent conscience que leurs concitoyens accordent une importance croissante à la protection des espèces animales et à la bio-diversité.
Le combat de Jane Goodall en faveur des grands singes et des chimpanzés en particulier va bien au-delà de la protection d'espèces menacées et de l'observation zoologique. Elle est la représentante d'un nouvel humanisme qui, sans jeux de mots douteux, considère que nous devons traiter nos proches cousins avec infiniment plus de respect que nous ne l'avons fait jusqu'à présent.
Demain peut-être, ou après demain, Diane Fossey et Jane Godall seront vénérées comme les Saint Vincent de Paul ou les Victor Schoelcher des temps modernes.
Elles auront compris, bien avant leurs contemporains qu'on ne peut pas faire subir n'importe quel traitement dégradant à ces témoins irremplaçables de l'évolution. Que tuer un gorille pour vendre à des touristes imbéciles leurs pieds naturalisés en forme de cendriers est proprement un crime contre l'humanité.
Le Ciel est témoin que des hommes ont fait subir d'immondes ignominies à leurs semblables. Mais si vous n'avez jamais vu le court métrage "Primate" du cinéaste américain Frederick Wiseman, vous êtes loin encore de soupçonner tout ce que les singes ont pu endurer dans nos "laboratoires".
Tourné en 1974 par un maître du documentaire, la caméra s'immisce au coeur du Yerkes Primate Research Center pour une plongée de 105 minutes dans l'ignoble.
La défense des primates n'est pas une affaire de sensiblerie mais l'extension désormais inéluctable de la protection de la "personne" à nos plus proches cousins Gorilles, Chimpanzés, Bonobos.
Bonsoir.
Ah, une dernière avant d'aller se coucher!
L'Etat de Californie vient d'exécuter Clarence Ray Allen par injection létale. Détail qui vaut son pesant de Pentothal, le condamné fêtait son soixante seizième anniversaire. Il était aveugle, sourd et il fut conduit en chaise roulante à son lieu d'exécution. Faut dire que c'était quand même pas un saint. En 1980, il avait donné à un tueur à gages, du fond de sa cellule où il purgeait une condamnation à perpétuité pour meurtre, l'ordre exécuter sept témoins gênants.
Cette britannique de soixante et onze ans a reçu des mains de Dominique de Villepin ( on ne sait par quelle tortueuse logique républicaine) les insignes d'officier de la Légion d'honneur. En entendant cette nouvelle au JT de vingt heures j'ai spontanément applaudi.
Là encore, n'est-ce pas un signe, même ténu, que les hautes sphères de l'Etat sentent le vent tourner. Plus précisément, les politiques prennent conscience que leurs concitoyens accordent une importance croissante à la protection des espèces animales et à la bio-diversité.
Le combat de Jane Goodall en faveur des grands singes et des chimpanzés en particulier va bien au-delà de la protection d'espèces menacées et de l'observation zoologique. Elle est la représentante d'un nouvel humanisme qui, sans jeux de mots douteux, considère que nous devons traiter nos proches cousins avec infiniment plus de respect que nous ne l'avons fait jusqu'à présent.
Demain peut-être, ou après demain, Diane Fossey et Jane Godall seront vénérées comme les Saint Vincent de Paul ou les Victor Schoelcher des temps modernes.
Elles auront compris, bien avant leurs contemporains qu'on ne peut pas faire subir n'importe quel traitement dégradant à ces témoins irremplaçables de l'évolution. Que tuer un gorille pour vendre à des touristes imbéciles leurs pieds naturalisés en forme de cendriers est proprement un crime contre l'humanité.
Le Ciel est témoin que des hommes ont fait subir d'immondes ignominies à leurs semblables. Mais si vous n'avez jamais vu le court métrage "Primate" du cinéaste américain Frederick Wiseman, vous êtes loin encore de soupçonner tout ce que les singes ont pu endurer dans nos "laboratoires".
Tourné en 1974 par un maître du documentaire, la caméra s'immisce au coeur du Yerkes Primate Research Center pour une plongée de 105 minutes dans l'ignoble.
La défense des primates n'est pas une affaire de sensiblerie mais l'extension désormais inéluctable de la protection de la "personne" à nos plus proches cousins Gorilles, Chimpanzés, Bonobos.
Bonsoir.
Ah, une dernière avant d'aller se coucher!
L'Etat de Californie vient d'exécuter Clarence Ray Allen par injection létale. Détail qui vaut son pesant de Pentothal, le condamné fêtait son soixante seizième anniversaire. Il était aveugle, sourd et il fut conduit en chaise roulante à son lieu d'exécution. Faut dire que c'était quand même pas un saint. En 1980, il avait donné à un tueur à gages, du fond de sa cellule où il purgeait une condamnation à perpétuité pour meurtre, l'ordre exécuter sept témoins gênants.
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8 janvier 2006
Evo Morales : « une grande claque au protocole des puissants, un petit pas vers la reconnaissance des exclus de l’Ordre mondial » ?
L’image d’un président en exercice, blouson de cuir, col de chemise largement ouvert, gravissant les marches de l’Elysée devant un garde républicain impavide, est de celles qui font symbole.
Evo Morales, récemment élu au suffrage universel à la tête de la Bolivie, est Amérindien, ancien porte parole des producteurs de coca et leader du Mouvement vers le socialisme (MAS).
Bref, aux yeux des « maîtres du monde », un dangereux gauchiste !
On ne peut prédire ce qu’Evo Morales fera de cette magistrature. Espérons le meilleur mais le pire est aussi possible. Voyez Castro et la « révolution cubaine » …
Pour le moment, il cristallise cet espoir de voir se reconstruire un contrepoids idéologique au néo-libéralisme « dominateur et sûr de lui » dont, renversement stupéfiant de nos valeurs, une majorité pâtit au profit d’une infime minorité.
Il le fait avec un style de rupture. Il a compris qu’en brisant les schémas les mieux ancrés dans l’inconscient collectif et notamment celui du Protocole, il s’ouvrait un crédit à la banque mondiale des médias.
D’une Bolivie assoupie derrière ses incroyables inégalités sociales, il fait, avec ses alliés Chavez et Lula da Silva, la place forte d’une résistance économique, donc idéologique, aux impérialismes des groupes trans-nationaux.
Affirmant haut et fort que « 70% des contrats passés avec les multinationales sont “illégaux” car non ratifiés par le parlement », le président Morales fait néanmoins preuve de pragmatisme en écartant toute nationalisation brutale et en garantissant aux partenaires économiques de la Bolivie «un retour sur leurs investissements et (le droit) de faire des profits».
En bon communicant, il sait aussi porter le trait là où ça fait mal : nos contradictions !
Ardent défenseur des paysans cultivateurs de coca, les cocaleros, il ne se prive pas de son audience internationale pour balancer cette pique au géant l’Atlanta : « la coca est légale pour la fabrication du Coca-Cola et illégale pour la région Andine, c’est injuste ! ».
Bref, le “président des pauvres” comme il se qualifie lui-même, porte en ce début d’année la promesse généreuse mais encore bien faible d’un repli de l’idéologie dominante au profit d’un nouvel ordre mondial plus respectueux des faibles et des déshérités.
Formons le souhait qu’il ne nous déçoive pas.
Evo Morales, récemment élu au suffrage universel à la tête de la Bolivie, est Amérindien, ancien porte parole des producteurs de coca et leader du Mouvement vers le socialisme (MAS).
Bref, aux yeux des « maîtres du monde », un dangereux gauchiste !
On ne peut prédire ce qu’Evo Morales fera de cette magistrature. Espérons le meilleur mais le pire est aussi possible. Voyez Castro et la « révolution cubaine » …
Pour le moment, il cristallise cet espoir de voir se reconstruire un contrepoids idéologique au néo-libéralisme « dominateur et sûr de lui » dont, renversement stupéfiant de nos valeurs, une majorité pâtit au profit d’une infime minorité.
Il le fait avec un style de rupture. Il a compris qu’en brisant les schémas les mieux ancrés dans l’inconscient collectif et notamment celui du Protocole, il s’ouvrait un crédit à la banque mondiale des médias.
D’une Bolivie assoupie derrière ses incroyables inégalités sociales, il fait, avec ses alliés Chavez et Lula da Silva, la place forte d’une résistance économique, donc idéologique, aux impérialismes des groupes trans-nationaux.
Affirmant haut et fort que « 70% des contrats passés avec les multinationales sont “illégaux” car non ratifiés par le parlement », le président Morales fait néanmoins preuve de pragmatisme en écartant toute nationalisation brutale et en garantissant aux partenaires économiques de la Bolivie «un retour sur leurs investissements et (le droit) de faire des profits».
En bon communicant, il sait aussi porter le trait là où ça fait mal : nos contradictions !
Ardent défenseur des paysans cultivateurs de coca, les cocaleros, il ne se prive pas de son audience internationale pour balancer cette pique au géant l’Atlanta : « la coca est légale pour la fabrication du Coca-Cola et illégale pour la région Andine, c’est injuste ! ».
Bref, le “président des pauvres” comme il se qualifie lui-même, porte en ce début d’année la promesse généreuse mais encore bien faible d’un repli de l’idéologie dominante au profit d’un nouvel ordre mondial plus respectueux des faibles et des déshérités.
Formons le souhait qu’il ne nous déçoive pas.
6 janvier 2006
La poésie dans un monde épris d’efficacité
Pour m’être, dans une vie antérieure, fait traiter de «poète» par un quelconque manager, je sais quelle charge de mépris porte ce substantif. Pire, cet adjectif ! Bien que je fusse déjà persuadé du bien-fondé d’adopter au quotidien une «poétique attitude», j’avais du mal alors à justifier mes choix. Un peu plus âgé, un peu plus averti des choses de la vie, je dispose désormais d’arguments sérieux pour revendiquer mon adhésion au Parti de la Poésie.
Le poème, cette forme particulière de message, exerce une fascination durable sur l'humanité. A-t-il existé à travers les âges une communauté n'ayant développé aucun agencementspécifique des mots de sa langue le distinguant ipso facto de la simple communication utilitaire ? C’est peu probable.
La poésie possède donc un caractère universel mais une question reste ouverte : comment cerner le fait poétique ? Confrontée à la variété des «formes poétiques», notre manie classificatoire se casse les dents. Que nous dit-elle de définitif sur la poésie ?
Si l'on veut par exemple qualifier cette strophe du Bateau Ivre :
doit-on affirmer qu’il s’agit d’un « texte coloré » ?
Mais quel épithète attribuer alors à ce quatrain du Desdichado de Nerval ?
est-il pertinent de qualifier cette poésie d'ésotérique, où chaque signe — y compris les signes de ponctuation — recèle un sens lourdement dissimulé ?
Il est aussi des poésies surréalistes*,
il en est d'autres que l’on pressent écloses dans quelque cénacle précieux, loin de l’agitation vaine des soucis du vulgaire**…
Il est aussi des textes*** involontairement poétiques :
Même en multipliant les exemples à l’infini, on reste toujours loin d’une hypothétique structure explicative. Inutile donc d’essayer de définir la poésie. Tant d’auteurs s’y sont cassé les dents, nous laissant le même sentiment que l’insensé qui prétend atteindre l’horizon …
Posons simplement que la variété de la poésie est de l’ordre de celle de la langue. Inépuisable !
George Steiner****, assigne une fonction encore plus irremplaçable à la poésie. Surtout à sa mémorisation :
" … ce que l’on sait par cœur est inaliénable ; on ne peut déposséder quiconque de ce qu’il porte en lui de connaissance dans un monde où règnent la censure et l’oppression … De grandes âmes ont survécu à l’oppression parce qu’elles connaissaient des textes par cœur …
Je lis chaque jour Héraclite et certains poètes modernes comme Paul Celan et quand bien même je ne comprendrais pas ces textes, je les apprends par cœur pour qu'ils soient partie intégrante de mon être. L'œuvre tout à coup m'accueille, sans s'expliquer, et j'ai enfin accès à ce poème."
Ecoutons le chant des poètes et laissons parler notre émotion sans retenue …
JPM
* Benjamin Péret. Allo.
** Stéphane Mallarmé. Apparition.
*** Marc Zamansky. Dunod. Introduction à l’algèbre et l’analyse moderne.
**** Entretiens 10/18
Le poème, cette forme particulière de message, exerce une fascination durable sur l'humanité. A-t-il existé à travers les âges une communauté n'ayant développé aucun agencementspécifique des mots de sa langue le distinguant ipso facto de la simple communication utilitaire ? C’est peu probable.
La poésie possède donc un caractère universel mais une question reste ouverte : comment cerner le fait poétique ? Confrontée à la variété des «formes poétiques», notre manie classificatoire se casse les dents. Que nous dit-elle de définitif sur la poésie ?
Si l'on veut par exemple qualifier cette strophe du Bateau Ivre :
« J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs ! » …
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs ! » …
doit-on affirmer qu’il s’agit d’un « texte coloré » ?
Mais quel épithète attribuer alors à ce quatrain du Desdichado de Nerval ?
« Je suis le ténébreux, – le veuf, l’inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie. »
Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie. »
est-il pertinent de qualifier cette poésie d'ésotérique, où chaque signe — y compris les signes de ponctuation — recèle un sens lourdement dissimulé ?
Il est aussi des poésies surréalistes*,
« Mon avion en flammes mon château inondé de vin de Rhin
mon ghetto d’iris noir mon oreille de cristal
mon rocher dévalant la falaise pour écraser le garde-champêtre
mon escargot d’opale mon moustique d’air
mon édredon de paradisier ma chevelure d’écume noire
mon tombeau éclaté ma pluie de sauterelles rouges
mon île volante mon raisin de turquoise … »,
mon ghetto d’iris noir mon oreille de cristal
mon rocher dévalant la falaise pour écraser le garde-champêtre
mon escargot d’opale mon moustique d’air
mon édredon de paradisier ma chevelure d’écume noire
mon tombeau éclaté ma pluie de sauterelles rouges
mon île volante mon raisin de turquoise … »,
il en est d'autres que l’on pressent écloses dans quelque cénacle précieux, loin de l’agitation vaine des soucis du vulgaire**…
« La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet au doigt, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles. »
Rêvant, l’archet au doigt, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles. »
Il est aussi des textes*** involontairement poétiques :
« Soit I un pavé borné dans RP, F un ensemble fermé contenu dans I, f une application continue de RP dans R. Alors, f(F) est un ensemble de R fermé borné. »
Même en multipliant les exemples à l’infini, on reste toujours loin d’une hypothétique structure explicative. Inutile donc d’essayer de définir la poésie. Tant d’auteurs s’y sont cassé les dents, nous laissant le même sentiment que l’insensé qui prétend atteindre l’horizon …
Posons simplement que la variété de la poésie est de l’ordre de celle de la langue. Inépuisable !
George Steiner****, assigne une fonction encore plus irremplaçable à la poésie. Surtout à sa mémorisation :
" … ce que l’on sait par cœur est inaliénable ; on ne peut déposséder quiconque de ce qu’il porte en lui de connaissance dans un monde où règnent la censure et l’oppression … De grandes âmes ont survécu à l’oppression parce qu’elles connaissaient des textes par cœur …
Je lis chaque jour Héraclite et certains poètes modernes comme Paul Celan et quand bien même je ne comprendrais pas ces textes, je les apprends par cœur pour qu'ils soient partie intégrante de mon être. L'œuvre tout à coup m'accueille, sans s'expliquer, et j'ai enfin accès à ce poème."
Ecoutons le chant des poètes et laissons parler notre émotion sans retenue …
JPM
* Benjamin Péret. Allo.
** Stéphane Mallarmé. Apparition.
*** Marc Zamansky. Dunod. Introduction à l’algèbre et l’analyse moderne.
**** Entretiens 10/18
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