28 janvier 2006
Bis repetita placent …
Saluons la généreuse donation de l'empereur du logiciel en faveur de la lutte contre la tuberculose. Au Forum mondial de Davos, Bill Gates vient en effet d’annoncer un don de 900 millions de dollars pour financer un ambitieux programme d'éradication de la maladie. Cette initiative coordonnée par l’OMS se déroulera sur dix ans et engloutira 56 milliards de dollars. A cette occasion, les gazettes nous ont fait savoir que la fondation Bill et Melinda (Mme Gates) a déjà distribué 6 milliards de dollars pour des actions sanitaires à destination des pays « pauvres ».
Je ne polémiquerai pas sur les motivations humanitaires de l’homme le « plus riche du monde » ni sur l’insolente capacité pour quelques individus d’engranger des fortunes atteignant le budget annuel de maints états. Je ferai simplement remarquer que la lutte contre la tuberculose (on pourrait tout aussi bien évoquer la lutte contre la misère et l’habitat insalubre) n’est pas une nouveauté.
J’ai encore le souvenir très vif du petit écolier que j’étais en 1946 faisant la douloureuse expérience du porte à porte pour fourguer à des sans cœur ses carnets de timbres antituberculeux !
Car, dans les années trente et quarante, cette maladie de la misère frappait encore très fort dans notre belle France.
Dans le livre XI de son Séminaire Jacques Lacan raconte une anecdote* qu’il situe à l’époque de ses vingt ans (vers 1920), en Bretagne. Jeune médecin, il participe à une sortie en mer dans la modeste barque d’un pêcheur. Il note à propos de son compagnon : « Il est, comme toute sa famille, disparu très tôt du fait de la tuberculose, qui était à ce moment là la maladie ambiante dans laquelle toute cette couche sociale se déplaçait ».
On peut se rappeler que, peu de temps auparavant,en 1918, le jeune Fernand Destouches parcourait la Bretagne pour le compte de la Fondation Rockfeller avec mission d’éradiquer cette maladie.
Le futur Céline avait été engagé comme conférencier. Le zèle sans faille qu’il témoigna dans la lutte impitoyable contre le bacille de Koch lui valut d’être remarqué par le docteur Follet, son futur beau-père. Cette heureuse rencontre offrit au jeune Destouches, jeune invalide de guerre, de passer son bachot et d’accéder ainsi aux études de médecine.
La suite est connue …
Si l’histoire se répète, la manne de l’Homme le plus riche du monde nous vaudra peut-être d’ici quelques années un nouveau météore artistique.
Au moins, nous aurons la satisfaction de savoir que nos contributions financières répétées d’utilisateurs de Windows auront servi, outre à la prophylaxie de la maladie, à enrichir le patrimoine culturel mondial !
* Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Seuil. P. 88.
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